Trek en Himalaya sur la rivière gelée du Chadar
Camille nous raconte son trek sur la rivière gelée du Chadar, unique voie de communication qui permette de relier la région du Zanskar et la ville de Leh (capitale du Ladakh), en hiver.
Propos & images de Camille Aubert
1) Comment est né ton projet de voyage ?
J’avais déjà effectué plusieurs treks en Himalaya et plus particulièrement au Ladakh. J’étais sous le charme de cette culture tibétaine unique et je recherchais quelque chose de vraiment différent. Le Chadar était pour moi un voyage hivernal, incluant grand froid et randonnées sur glace. Cela m’attirait pour l’engagement que cela demande, ainsi que pour le côté unique de ce voyage qui est l’un des rares treks Himalayens à s’effectuer en hiver.
2) Comment as-tu préparé ton voyage ?
Il s’agit d’un voyage particulièrement difficile à réaliser sans l’appui d’une équipe locale. La traversée du Ladakh au Zanskar doit se faire en autonomie complète et les connaissances d’un guide local pour esquiver les périls de la glace sont indispensables. Il a donc fallut passer par une agence. J’ai du ensuite préparer le matériel nécessaire a cette expédition. Il s’agit d’une tache a effectuer minutieusement, il faut opérer un savant dosage entre les affaires que l’on emporte (notamment pour lutter contre le froid) et le poids du bagage. Le moindre oubli peut s’avérer difficile a gérer par la suite et un sac trop lourd sera difficile a transporter sur une glace fine ou dans la poudreuse.
3) Pourquoi avoir choisi cet itinéraire ?
Le Chadar n’offre que peu d’alternatives puisque la plupart des cols bordant la rivière sont sous la neige et soumis a un fort risque d’avalanche. On emprunte donc le fleuve Zanskar gelé (qui prend alors le nom de Chadar) sur un aller et retour de 15 jours environ. Sur la route s’offre la possibilité de remonter le flanc de la montagne pour visiter deux villages particulièrement magnifiques, Photoskar et Nialak Pullu.
4) Comment as-tu été accueilli sur place ?
Ce qui est incroyable avec ce voyage, c’est le décalage entre l’engagement personnel, qu’il soit physique ou psychologique, que le trek implique ; et la facilite avec laquelle les Zanskarpa (les habitants du Zanskar) font le voyage avec vous. Il s’agit pour eux, et depuis des temps ancestraux de l’unique moyen de relier le Ladakh durant l’hiver.
5) Une rencontre t’a-t-elle marquée en particulier ?
Ce voyage m’a donné l’occasion de prendre part à la partie de foot la plus originale qui soit. A 3500 mètres, sur la place centrale de Zangla en plein cœur du Zanskar, par -15°, nous avons tapé le cuir avec la quasi-totalité des gars du village. Deux équipes de 20 personnes, chacun pariant 10 roupies pour payer un pot au vainqueur. Le top c’était que le terrain était délimité par un mur à « mani » d’un coté (mur de pierres gravées de mantras bouddhistes) et par le mur du Gompa (monastère bouddhiste) de l’autre coté. Bien entendu les buts étaient représentés par deux Stupas (monuments érigés en commémoration de Bouddha).
6) Quelle a été ta plus grosse galère ?
Nous avons eu une journée très difficile pendant laquelle nous avons du essuyé un grain de tempête. Un fort vent du sud s’était levé dans le canyon, et plus de 40 centimètres de neige sont tombés ce jour là. La neige trempant tout jusqu’au Gore Tex derniers cris et nous fouettant le visage sans discontinuer. Nous avons du faire la trace dans la neige fraiche, des avalanches se déclenchaient sur les hauteurs du canyon, le tout dans un froid glacial. Nous avons fait a peine 15 Km en 7 heures de marche, ce fut particulièrement éprouvant pour tout le monde. La glace a craqué sous la charge de l’un de nos porteurs, le laissant choir dans le fleuve avec de l’eau jusqu’à la taille. Tous ses camarades l’ont copieusement chambré a coups de « PulukPuluk » (t’es mouillé ), tout en le frictionnant fraternellement, dédramatisant complètement la scène.
7) Et ta plus belle expérience?
Je vais citer un bout de mon journal de bord : « Aux couleurs multiples , hautes de plusieurs centaines de mètres, vielles de plusieurs millions d’années, aux formes et aux stries paraissant avoir été formés par un appareil a battre la guimauve, les falaises au creux desquelles s’enlace le Chadar paraissent comme un bric-à-brac désordonné. Elles nous offrent un dédale, un labyrinthe au sein duquel notre fil Ariane est ce ruban gelé qui nous guide jusqu’au cœur du Zanskar ». Vous l’aurez compris, les paysages offerts par le Zanskar m’ont profondément marqués.
8) Quel accessoire t’a été le plus utile pendant ton périple ?
Des bottes en caoutchouc. Sans de bonnes bottes étanches on court le risque de se mouiller les pieds a chaque passage ou la glace dégèle légèrement, cela peut se révéler très dangereux.
Et le moins utile ?
Ma serviette. Avec le froid qui règne le soir à l’étape, inutile de croire que vous trouverez le courage de vous déshabiller pour vous laver intégralement.
9) Un petit conseil pour ceux qui souhaitent se lancer dans l’aventure ?
Il faut prendre en compte l’engagement psychologique de ce voyage. La glace nécessaire à tout déplacement est en constante évolution, menaçant toujours de fondre. Si cela se produit, des passages a gués sont a envisager ce qui est loin d’être une idée agréable. On peut aussi se retrouver bloqué par manque de glace suffisamment solide pour faire passer le convoi, il faut donc parfois attendre une nuit sèche et froide pour que la glace se reforme. Mon conseil serait de prendre 2 ou 3 jours de sécurité a Leh avant votre vol retour à Delhi au cas ou vous seriez amené à être bloqué.
10) Un projet en préparation ?
Je rentre chez moi depuis Delhi en faisant le tour du continent eurasiatique dans le sens inverses des aiguilles d’une montre et en prenant l’avion au minimum. Beaucoup de kilomètres en train et en bus via l’Asie du Sud Est, la Chine, la Mongolie et la Russie.
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