La grande traversée de la patagonie à cheval
Fanny et Estelle partent à cheval en Patagonie avec leur boussole pendant 5 mois accompagnées de Baloo, leur fidèle compagnon.
(La vidéo commence à partir de la trentième seconde.)
1) Comment est né ton projet de voyage ?
Au commencement de ce projet, mon rêve d’enfant de partir dans un pays cavalier, encore un peu sauvage, loin de l’aseptisation occidentale. La culture latine et sa chaleur m’attiraient aussi. Je voulais partir dans un pays où le cheval n’est pas un loisir comme en France mais réellement un outil de travail et de subsistance pour les gens. Bien sûr, ce voyage pour rencontrer cette population devait se faire avec un moyen de transport en adéquation avec le pays, ses habitants et qui nous permettrait également d’établir facilement le premier contact : le cheval. Ensuite, l’appréhension de la langue a motivé notre choix pour l’Argentine plutôt que pour la Mongolie. L’espagnol est quand même plus facile à comprendre pour des latins que le mongol, et pour un premier voyage au long cours, le « dépannage sur place » est plus simple.
2) Comment as-tu préparé ton voyage ?
Le début de la préparation du voyage a été de trouver un partenaire de voyage. Par le biais du site internet « le forum du routard », j’ai rencontré Estelle. Nous avons décidé de partir ensemble, elle m’amenait, en plus d’une compagnie, son expérience du voyage bourlingueur et son métier de vétérinaire. Nous sommes toutes deux accompagnatrices de randonnées à cheval donc la préparation a surtout été matérielle, puis sur place, nous avons affiné notre itinéraire avec les argentins, pour en définir le point final en fonction du temps que nous avions. Il a fallu ensuite préparer Baloo, mon chien, qui a eu juste un an le jour du départ et donc lui préparer ses coussinets, pas encore assez tannés, et commencer un régime et une endurance de sportif!
3) Pourquoi avoir choisi cet itinéraire ?
Nous savions qu’il faudrait suivre la Cordillère des Andes pour avoir régulièrement de l’eau pour les chevaux, ne pas monter trop en altitude pour éviter des difficultés supplémentaires du terrain, mais les chemins n’existent pas et nous partions avec quelques cartes imprécises et une boussole. L’aide indispensable des péones nous a permis de faire notre chemin au fur et à mesure du voyage…
4) Comment as-tu été accueilli sur place ?
Nous avons découvert, au rythme des chevaux, une population très chaleureuse et très fière dans cette partie de l’Argentine. Chacun nous a toujours ouvert sa porte, proposé la maté (sorte de thé) traditionnel et le partage du repas. Nous avons loger pratiquement les trois-quart du voyage chez l’habitant sans rien avoir à demander, c’était naturel pour eux de nous aider et ils revendiquaient avec fierté cet accueil de la pampa.
5) Une rencontre t’a marquée en particulier ?
Toutes les rencontres m’ont marqué, et chacune a fait que j’ai évolué pendant ce voyage, me suis interrogé sur les autres et sur moi-même. La simplicité et la chaleur de tous ces gens m’a impressionné. Chacun nous a aidé comme il le pouvait. Pour raconter une anecdote, nous avons dû laisser les chevaux et le chien pendant une semaine dans une estancia. Je m’étais cassé le doigt, il fallait aller au village trouver un médecin et passer au Chili ( nous étions à 10km de la frontière) pour refaire nos visas.
Nous avons eu 15 minutes après notre arrivée à l’estancia avec Estelle pour décider, nous avons tout de suite senti le propriétaire franc et honnête, et en nous basant sur ce simple sentiment nous lui avons tout laissé. Son fils nous a amené au village, nous avons logé chez lui, et quand nous sommes parties pour 2 jours au Chili, il nous a dit « gardez les clés de la maison, je ne sais pas si je serai rentré du travail quand vous reviendrez ».
L’échange était total. Nous leur avons proposé de venir nous voir et bien sûr de les accueillir quand ils pourraient venir en France et là, la mère de famille m’a sorti gentiment mais brutalement de mon rêve en me disant « c’est gentil mais tu sais nous ne pourrons jamais nous payer un billet d’avion pour la France », et d’enchainer « mais passez nous voir vous si vous revenez en Patagonie, ça nous fera plaisir ». A la fin du voyage, j’ai pu leur offrir le bât qui leur plaisait tant, un petit moyen de remercier cette générosité.
6) Quelle a été ta plus grosse galère ?
Nous avons eu de la chance avec la météo. Le vent étant tellement fort et constant en Patagonie que la seul fois où nous avons eu de la grêle, ça a duré 15 minutes. La plus grosse galère ou du moins la plus angoissante a été de se perdre. Nous avons passé quatre jours à tourner en rond sur un plateau de pierre, les pumas y rôdent (nous n’en avons pas vu mais aux réactions de nos animaux la nuit ils n’étaient pas loin), les chevaux se fatiguent, perdent leurs fers, Baloo s’est blessé. Et nous nous ne savions comment nous sortir de cette galère. Nous devions aller chercher l’eau dans le fond des lagunes en y lançant un seau car tout le monde s’embourber sur le bord, les chevaux ne pouvaient pas approcher l’eau.
Le dernier jour nous avons même manquer d’eau. C’est la seule fois de ma vie où je me suis retrouvée avec 120ml d’eau pour nous et le chien et j’ai commencé à n’avoir plus que cette idée en tête trouver l’eau, cette denrée salvatrice. Heureusement, quelques heures plus tard nous sommes arrivées au bord d’une nouvelle lagune et le lendemain nous avons trouvé les traces d’une ancienne piste qui nous ont guidées jusqu’à une estancia. L’enfer s’est bien terminé!
7) Et ta plus belle expérience ?
Ma plus belle expérience, c’est ce voyage tout entier. Pouvoir avancer en liberté dans ces étendues immenses, jauger de sa capacité à vivre avec le strict minimum, à mesurer sa force mentale. Tout ça a été et de loin ma plus belle expérience.
8) Quel accessoire t’a été le plus utile pendant ton périple ?
Peut-être Baloo qui intimidait un peu bien qu’il ne soit pas méchant mais sinon surtout nous et notre force en commun qui permet de se dépasser.
Et le moins utile ?
Nous avons donné quelques petites choses en route mais nous étions parties très légères donc rien n’était vraiment inutile. Par contre nous n’avons pas tout utilisé, je pense notamment à la pharmacie, mais il était indispensable de l’avoir avec nous et d’en avoir une aussi complète avec des produits pour les chevaux, le chien et nous.
9) Un petit conseil pour ceux qui souhaitent se lancer dans l’aventure ?
Informez vous sur les risques par le biais de tous les voyageurs au long cours qui existent et foncez!
10) Un projet en préparation ?
Un nouveau film sur le lien qu’entretiennent les argentins avec leur radio, locale, communautaire ou internet. Et j’espère un autre voyage à cheval, peut-être au Venezuela, mais en tout cas forcément en Amérique du Sud.
Pour tout savoir sur leurs aventures :
Le site : caballo.over-blog.com
Propos & images de Fanny Hubinet
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